
Dans un contexte où l’esprit critique et la culture scientifique sont plus que jamais nécessaires — véritables remparts face aux « fake news » — pour comprendre les enjeux majeurs de notre époque (changement climatique, énergie, intelligence artificielle), la science est fragilisée. Dans de nombreux pays, les savoirs scientifiques et la liberté académique sont attaqués. Partout la défiance envers les savoirs et la banalisation des approximations affaiblissent la confiance collective. Parallèlement, en France, les filières de formation scientifique continuent de se vider de leurs étudiantes. À Fontenay-aux-Roses, ville de science par son histoire, cette situation appelle une responsabilité particulière. La connaissance scientifique est un bien commun et un levier essentiel d’émancipation. Il est possible d’agir à l’échelle municipale, où se jouent à la fois la formation des jeunes et des décisions publiques. Parce qu’il ne peut y avoir de démocratie éclairée sans respect et partage du savoir, faisons de Fontenay-aux-Roses une « ville de sciences » !
Une histoire scientifique riche qui perdure
Depuis longtemps, la ville de Fontenay-aux-Roses se dit « ville d’artistes » et déploie tout au long de l’année des moyens pour mettre en valeur les artistes de la ville, et leurs œuvres : portes ouvertes d’ateliers, expositions « hors les murs », articles dans le Fontenay Mag. Et pourtant, la ville dispose d’une autre richesse aujourd’hui laissée à l’abandon : une histoire scientifique riche, marquée par les pionniers et pionnières de la radioactivité au début du 20e siècle. Pierre et Marie Curie, Paul Langevin, puis Irène et Frédéric Joliot-Curie ont habité et travaillé à Sceaux et Fontenay-aux-Roses. La première pile atomique française, la pile Zoé, fut mise en marche au fort de Châtillon en 1948 par Irène et Frédéric, à la création du Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA). Ce site du CEA, aujourd’hui sur la commune de Fontenay-aux-Roses, abrite toujours la pile Zoé (à l’arrêt depuis 1976) qui peut se visiter lors de portes ouvertes. Il héberge également des laboratoires de recherche de pointe dans des domaines éloignés du nucléaire, comme les maladies émergentes. En 2002, le site a été divisé en deux parties, l’une d’elles revenant à l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (devenue en 2025 l’ASNR[1]).
Fontenay-aux-Roses a donc une longue et brillante histoire scientifique qui se poursuit aujourd’hui avec deux centres de recherche sur la commune. Elle bénéficie également d’une position singulière à mi-chemin entre deux pôles majeurs de la recherche française et internationale : le plateau de Paris-Saclay et l’École polytechnique d’un côté, la Sorbonne et les grands établissements parisiens de l’autre. Cette situation privilégiée s’accompagne d’un tissu dense d’entreprises innovantes et d’une population comptant de nombreux chercheurs, ingénieurs et professionnels des sciences. Pourtant, beaucoup de fontenaisiens et fontenaisiennes ignorent cette histoire, et ne connaissent pas les activités qui ont lieu sur ces centres devant lesquelles ils passent régulièrement pour prendre le tramway ! Les élèves de Fontenay-aux-Roses ne profitent pas non plus de cette richesse. Alors que les chercheurs et chercheuses vont régulièrement présenter leurs activités aux élèves du collège Alain Fournier ou du lycée Jacques Monod à Clamart, aucun partenariat n’existe avec les écoles de Fontenay. Des portes ouvertes ont parfois lieu dans les centres de recherche à l’occasion de la fête de la science en octobre. Ce type d’événement gagnerait à être mieux connu, mais ne suffit pas à décloisonner la science pour la rendre accessible à tous.
Faisons de Fontenay-aux-Roses une ville de sciences !
Faire de Fontenay-aux-Roses une « ville de sciences », c’est donner à tous, enfants et adultes, quelle que soit leur classe sociale, leur genre ou leur niveau d’études, l’opportunité de découvrir le patrimoine scientifique de la ville. Que tous les enfants, filles et garçons, puissent se dire « pourquoi pas moi ? » en découvrant le parcours de chercheuses méconnues ou en participant à des ateliers pédagogiques.
Le premier axe d’un tel projet serait de développer des partenariats entre la ville, les centres de recherche locaux, et les écoles. Ce partenariat viserait à favoriser l’intervention de chercheurs et chercheuses dans les écoles et le collège, en s’appuyant sur les dispositifs existants de la région tels que Paroles de chercheurs et associations comme Elles bougent, par exemple. Il s’agirait également d’aider les collégiens et les étudiants qui ne disposent pas des appuis familiaux nécessaires à trouver des stages dans les filières scientifiques, via des parrainages par exemple. Une communication renforcée dans la ville (Fontenay Mag, affichage, écoles…) serait déployée lors d’événements tels que la fête de la science en octobre, « la science se livre » ou la journée des femmes et filles de science le 11 février.
Le second axe serait de faire venir la science « hors les murs », dans la vie citoyenne de la ville. Pourquoi ne pas organiser un « village des sciences » dans Fontenay-aux-Roses lors de la fête de la science ? D’autres projets pourraient s’initier en partenariat avec des associations[2] pour faire découvrir la science via des expériences ludiques ou les arts du spectacle. Ces actions pourraient s’appuyer sur le soutien de la Diagonale Paris Saclay, dont le but est de relier la communauté scientifique et les citoyens, les disciplines scientifiques et artistiques entre elles, et de valoriser le patrimoine scientifique. Pourquoi ne pas faire travailler les écoliers de Fontenay-aux-Roses à l’élaboration d’un parcours pédagogique sur la promenade du Panorama, pour mettre en valeur l’histoire scientifique du site ? Et pourquoi pas, mêler la richesse artistique et scientifique de la ville en créant une fresque murale sur ce thème, ou un événement faisant se rencontrer autour de tables rondes des intervenant-e-s scientifiques et auteurs ou autrices de science-fiction ?
Le dernier axe serait de donner aux citoyens et citoyennes les moyens de développer leur esprit critique, d’avoir les outils et connaissances nécessaires pour comprendre les enjeux du monde d’aujourd’hui. Ce projet d’éducation populaire s’appuierait sur des partenariats avec des associations fontenaisiennes et au-delà. En s’appuyant sur cet écosystème, des formations et ateliers pourraient être proposées aux animateurs périscolaires et au public. Elles pourraient porter sur les enjeux de la transition écologique et de l’environnement ou encore l’éducation au numérique. Des projets de sciences participatives pourraient aider à élaborer un diagnostic partagé et démocratique, telles que des cartographies interactives de la pollution de l’air ou de la température avec des capteurs citoyens, ou l’observation et le comptage de la faune locale. Donnons aux citoyens et citoyennes de Fontenay-aux-Roses les moyens nécessaires pour agir et décider de façon éclairée de la transition et de l’adaptation de leur ville aux défis de demain !
[1] L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) assure, au nom de l’État, le contrôle des activités nucléaires civiles en France. Elle exerce également les missions de recherche, d’expertise, de formation et d’information des publics dans les domaines de la sûreté nucléaire et de la radioprotection.
[2] telles que l’association Curie Joliot Curie (prêt d’exposition sur Irène et Frédéric Joliot Curie et de ressources pédagogiques), partenariat avec le musée Curie, la main à la pâte, les Savants Fous ou les petits débrouillards (pédagogie scientifique), l’académie du climat (climat, biodiversité)…
Irène KORSAKISSOK
